Mon premier jour de travail

Publié le par dago

 20060602-post.jpg   Depuis lundi, je suis facteur et ça pour un mois.
C'est un boulot très éprouvant. Une journée de travail dure 7h36 mais on bouge beaucoup, on est tout le temps debout en train de lever des charges comme les catalogues (horribles !), on ne reste pas assis, tout en chronomètré.
Laissez moi vous raconter comment s'est passé mon premier jour de boulot.

    Le réveil sonne à 3h20 du mat'. Après un week-end de feu en camping avec Comac, ça pas facile de se lever. A 3h40, je suis prêt et je prend mon vélo pour aller au centre de tri où je suis désigné. Eh oui, il n'y a pas de bus (ou n'importe quel autre transport en commun) si tôt le matin et sans permis de voiture, il ne me reste plus qu'à traverser la ville endormie en espèrant qu'un toxico' paumé ne m'agresse pas ou qu'un chauffard ne me fauche pas (quand les rues sont désertes, les voitures foncent). C'est d'ailleurs pour ça que je met un très laid gillet jaune fluo.
A 4h, j'arrive, c'est la nuit, les facteurs affluent. Je "gare" mon vélo et je me casse la tête à essayer de mettre mon vieux cadenas. Un peu perdu, je demande à des facteurs où je dois aller (genre :"C'est mon premier jour") et je trouve mon chef qui me présente à ma "sous-chef", la perceptrice (une femme très sympathique) ainsi que le facteur que je vais remplacer pendant trois semaines. Comme il est toujours là (il part en vacances la semaine prochaine) et qu'il n'a encore rien à m'apprendre, je fais des petits boulots que me confie plusieurs facteurs. Je porte des caisses de petits courriers (lettres et factures) aux différents bureaux de tris. Je trie les abonnements des journaux (Infos de la CSC, le Soir, l'hebdo de l'UCM, etc..) par tournées. Un autre étudiant m'aide. J'apporte aux facteurs qui commencent à préparer leurs tournées des paquets de publicités assignés (Colruyt ou Média Markt).
Vers 6h30, je vais aux WC. Je transpire beaucoup, c'est vraiment éreintant. Je m'éponge et je me rafraîchit. Exité par l'idée de travailler comme tout prolétaire (travailleur qui ne possède rien sinon sa force de travail), je me suis rendu trop volontaire et je me suis trop pressé. Avec quatre heures de sommeil, c'est pas ce qu'il y a de mieux à faire. Je retourne au boulot et le facteur (je ne citerais le nom de personne) me montre comment préparer la tournée, c'est-à-dire comment mettre des paquets de lettres au fil et à mesure des rues que je vais parcourir. En tout, nous remplisons trois sacs de 40 kg. La perceptrice et le facteur me disent que la tournée est pèpère : juste 380 boîtes. J'échappe aux 800 voire 900 boîtes que font certains facteurs grâce à Géoroute 1 et 2 (restructuration de la Poste).
Le centre de tri est une vraie fourmillière. Une quarantaine de personnes travaillent activement et se bousculent dans les petits couloirs que forment les espaces entre bureaux (comme des cloisons, quoi) en allant chercher des p'tites affaires.

    L'ambiance est chaleureuse et généreuse. Pas de vouvouement, tous se font la bise et prennent des nouvelles de l'un de l'autre. Avec un accent typiquement liègeois ponctué de citations populaires en wallon, on passe des abris-bus endommagés pendant la nuit au dernier épisode des Experts en passant par la nouvelle moto du fiston qui est en mécanique dans une école professionnel et les menaces que subit la voisine tout en gardant un oeil sur la Meuse d'aujourd'hui (journal très populaire basé sur des faits divers et des infos locales).
On retrouve la même logique et la même ambiance qu'à la FN d'Herstal (fabrique d'armes) ou qu'à Interbrew (distillerie connue) : je travaille avec la classe ouvrière. Je compare avec les autres secteurs d'activités ouvriers après avoir parlé avec des camarades du parti qui y travaillent. Malgré que les facteurs n'aient pas le statut d'"ouvrier", ceux parlent de ceux qui travaillent aux guichets comme des "employés". Il y a donc une marge. Pour moi, cela fait partie de l'élargissement de la classe ouvrière à des secteurs d'activités comme les cassièr(e)s des supermarchés et aussi des facteurs donc.

    Vers 9h, nous partons enfin en tournée avec une demi-heure de retard. Pour mon "titulaire", nous étions massacrés aujourd'hui. Nous prenons le bus et nous commençons la distribution avec la première surcharge (le premier gros sac). Il m'explique les ficelles du métier et les petites astuces qu'il a trouvé au cours de ces presque trentes années de carrière. Il fait des commentaires sur les gens chez qui nous distribuons : le facteur a un rôle très social. Mais attention de ne pas trop pénétrer dans la vie privée des gens, on pourrait se trouver arbitre d'une querelle entre voisins ou époux.
Le facteur est quelqu'un de sympathique à première vue. Il me parle de souvenirs de grève à la Poste mais en est dégouté. Il me dit :"Maintenant les gens font grève un jour parce qu'ils n'ont pas de quoi tenir plus". Ce n'est pas tout à fait faux, les travailleurs ont perdu beaucoup de leur combativité en trente ans. Quelques heures auparavent, j'ai aperçu un tract du Front National dans son tiroir. Il présente le symptôme du travailleur ayant perdu confiance au PS et se disant que le FN pourrait les bousculer. Ma mère m'avait prévenu d'un certain racisme naif ambiant chez les facteurs. Peux-être y est-il influencé ...
La tournée se termine vers 11h30 et je suis chez moi un peu après midi. Après, impossible de ne pas faire une petite sieste ! Ce job est très instructif. J'essayerai de publier d'autres articles sur le sujet.

poste-logo-belgique.pngEn attendant, voici de petites citations amusantes typiquement postières :
"J'ai rien de mal : que de la lecture, pas de factures !"
"Ouh la Redoute, on la redoute !"
:-)

ps :  avec mon absence au camp de la paix et mon nouveau boulot, j'ai peu de temps pour écrire des articles. Veuillez m'en excusez mais sachez que la motivation est toujours là et que je continuerai à publier des articles régulièrement. J'attend qu'il y aie des photos du camp de la paix pour un article dessus. ;-)

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