Ecolo changera-t-il la donne ?

Publié le par dago

Salut !
Je ressuscite ce blog à l'occasion des élections du 7 juin. J'en parlerai par après plus explicitement ... ;-)

Je reprend un article de Solidaire sur Ecolo et sa pré-victoire prévue aux élections pour tenter de savoir à qui nous avons à faire et si ce parti mérite qu'on y accorde sa voix. En tant que fils de l'ex-secrétaire de la locale d'Ecolo, je trouve cet article particulièrement pertinent.

Ecolo changera-t-il la donne ?

À gauche, à droite ou bien au contraire ?

Herwig Lerouge

On les crédite de 20 % aux prochaines élections. Ecolo apparaît comme la seule force d'opposition aux partis traditionnels. Le parti a une image de parti aux mains propres, plutôt à gauche et surtout de grand défenseur de l'environnement. Mais pas seulement. Il se prépare déjà à participer au pouvoir après le 7 juin. Alors, Ecolo fera-t-il la différence ?

Ecolo côté face et côté pile

Ecolo se rapproche sur beaucoup de points du PTB. Mais, il y a un mais.

Côté face

Le côté face, c’est le parti Ecolo qui, le 29 janvier dernier à la Chambre des députés, propose à la ministre Onkelinx d'adopter le modèle kiwi pour combattre le prix élevé de certains médicaments. Le PTB œuvre en faveur de ce modèle depuis 2005, date de la parution du livre La guerre des médicaments du docteur Dirk Van Duppen. Le kiwi n'est qu'un des points qui rapprochent Ecolo et le PTB.

Ecolo a été le seul parti représenté à la Chambre à voter contre le Pacte des Générations visant à rendre plus difficile le départ à la retraite.

Il est en outre en faveur d'un impôt sur les patrimoines supérieurs à 1,25 millions d’euros.

Il s'oppose à la fermeture des bureaux de poste et beaucoup de ses membres se retrouvent dans les actions pour les sans-papiers, pour la défense des droits démocratiques, contre la participation belge en Afghanistan et l'oppression du peuple palestinien.

Quand Ecolo demande que l’Union européenne mène une politique industrielle volontariste pour maintenir un pôle européen public complet de l’acier, il se fait traiter de « PTB » par les libéraux.

Que ce soit pour la levée du secret bancaire, une lutte sérieuse contre la fraude fiscale, pour une réforme fiscale qui déplace une partie de l’impôt prélevé sur le facteur travail vers les revenus de la propriété, les revenus spéculatifs et les comportements polluants, Ecolo se trouve décidément du bon côté. Mais…

Côté pile

L’affaire de prédilection d’Ecolo reste évidemment l'environnement. Au niveau de l'analyse sur les menaces engendrées par le changement climatique, les écologistes ont été les premiers à tirer la sonnette d'alarme. Aujourd'hui, plus grand monde ne met en doute l'urgence. Malheureusement pour cet autre Ecolo, sauver la nature revient souvent à punir les pauvres.

Ecotaxes et taxes poubelles

Le meilleur déchet est celui qui n’existe pas ! D'accord. Mais au lieu d'interdire aux fabricants de multiplier les emballages inutiles, les écologistes au pouvoir en 2004 ont préféré punir les consommateurs en imposants des écotaxes. Dans le même état d'esprit que dans les communes où le PTB a des élus, Ecolo vote systématiquement pour l'augmentation des taxes poubelles.

En matière de déchets, le parti approuve à 100 % la directive européenne visant à faire porter le coût vérité par le consommateur, c'est-à-dire les ménages ou les communes. En Wallonie cela risque de conduire à un doublement du prix des déchets entre 2006 et 2013. Face à cette évolution antisociale, Ecolo demande de renforcer l'éducation des consommateurs pour qu'ils produisent moins de déchets.

Carburant

Pour réduire la consommation de carburant, Ecolo demande de garder les prix élevés. En pleine explosion des prix de l'essence et du mazout, Ecolo demande le renforcement de « l’effet cliquet », qui vise à compenser les baisses des cours des carburants par une augmentation des accises. Le but est de maintenir les cours des carburants à un niveau constamment élevé

Il veut pour les voitures une fiscalité proportionnelle au lieu d’une fiscalité fixe (taxe de circulation, taxe de Mise en Circulation) calculée en fonction des émissions polluantes. Les riches avec leur 4x4 s'en balancent, mais le travailleur avec un revenu modeste et une bagnole pas trop nouvelle peut casquer.

TVA sur l’énergie

Ecolo s'oppose à la réduction de la TVA sur l'énergie de 21 à 6 %. Plutôt que de réduire la TVA à 6 % sur les produits énergétiques Ecolo juge plus approprié d’appliquer un tarif progressif. Le prix du KWH augmenterait proportionnellement à la quantité consommée. Pourquoi opposer les deux ? Et de plus cette seule mesure risque évidemment de punir les locataires des maisons les plus vétustes et les moins isolées, c'est-à-dire à nouveau les revenus les plus bas et ceux qui n'ont pas les moyens de construire des maisons écologiques ou d'avancer les frais du double vitrage.

Dis-moi avec qui tu déjeunes

 

En 2009, Ecolo espère faire partie de la majorité au pouvoir. Ils n’excluent aucune alliance, même avec les libéraux. Ci-dessus, Jean-Michel Javaux (Ecolo) avec Elio Du Rupo (PS), Caroline Gennez (SP.a) et Louis Michel (MR). (Photo Belga)


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n 2006, la petite commune d’Amay dans l’ombre de la centrale nucléaire de Thiange, tombe sous la direction d’Ecolo et de Jean-Michel Javaux, bourgmestre élu avec 44 % des voix. Grâce au soutien du seul élu MR, le PS bascule dans l’opposition. « Beaucoup de membres de mon parti sont actifs dans des organisations de soutien aux sans-papiers ou dans les syndicats. Avec quelques autres, je me concentre sur les thèmes économiques. Nous ne manquons pas une réunion de l’organisation wallonne des employeurs. Je reviens juste de chez McKinsey et plus tard cette semaine, je déjeune avec le président de la FEB Thomas Leysen ».
Javaux n’est pas un homme de conflit. À propos de Jean-Pierre Hansen, directeur d’Electrabel, qu’il rencontre deux ou trois fois par an : « C’est toujours très cordial. Nous nous rencontrons à la mer ou nous allons manger un bout. Parfois nous jouons des jeux de rôles où Hansen est le porte-parole d’Ecolo et je joue celui d’Electrabel. Il y a plus de dossiers sur lesquels nous sommes en accord qu’en désaccord ».

De droite ou de gauche ?

Jacky Morael, ancien secrétaire fédéral d’Ecolo : «  Ecolo partage une série de valeurs héritées de la gauche : la justice sociale, la démocratie, la citoyenneté, l’émancipation de l’individu… Donc, au plan idéologique, on est foncièrement de gauche. Mais les écologistes sont des progressistes novateurs. Parce que la société est en pleine mutation, et que ce n’est pas en organisant une ligne Maginot contre le libéralisme qu’on va sauver ces valeurs ».

L'inconséquence des verts est (c)riante

Ecolo ne combat pas la libéralisation de la Poste malgré le fait que, d'après leurs propres dires « l’expérience dans les États membres qui ont déjà totalement libéralisé leur secteur postal est extrêmement préoccupante, notamment au vu de la diminution drastique du nombre de bureaux de poste et de la hausse des tarifs postaux pour les particuliers et les petites entreprises au Royaume-Uni et en Suède... La libéralisation tend à exercer une nette pression à la baisse sur les niveaux d’emploi et les conditions de travail, comme le montre la situation en Allemagne où les pertes d’emplois se chiffrent en dizaines de milliers et où certains opérateurs emploient dans des conditions très précaires de « mini-jobs » des enfants payés moins de 400 € par mois ».

 

Alors que font les verts ? Ils « ont déposé des amendements visant à garantir l’ensemble des droits sociaux, y compris les conventions collectives, pour tous les travailleurs de tous les opérateurs postaux, qu’ils soient privés ou publics, dans l’ensemble des États membres ».Cela vaut mieux que la catastrophe de la libéralisation sauvage évidemment. Mais pourquoi ne pas tirer les conséquences de la catastrophe de la libéralisation et se battre pour le retrait des articles de la Constitution européenne qui interdisent les monopoles publics et les subsides aux services qui profitent à toute la population ?

Ecolo est pour une taxe sur les transactions financières de type Tobin. Mais ils votent le Traité de Lisbonne qui interdit cette taxe dans l'article 63-1 : « Toutes les restrictions aux mouvements de capitaux entre les États membres et entre les États membres et les pays tiers sont interdites. »

Les verts se disent pour un revenu minimum d'existence, dont les montants seraient calculés dans chaque État membre en fonction du revenu médian ou moyen. Mais ils votent pour le Traité de Lisbonne qui par l'article 153 exclut « toute harmonisation des dispositions législatives et réglementaires des États membres » en la matière.

Les amants critiques de l’Union européenne

La création d'entreprises publiques qui ont le monopole dans des secteurs de première nécessité va à l'encontre du Traité de Lisbonne auquel les écologistes souscrivent. Ce Traité porte haut le drapeau de la « concurrence libre et non faussée ». Donc pas de monopole public, pas de subsides publics aux entreprises publiques.

Au parlement bruxellois, seule une Ecolo, Céline Delforge, a voté contre ce Traité. Les autres ont voté pour. Même scénario au parlement wallon : Ecolo vote pour sauf une abstention venant de Bernard Wesphael. À la Chambre Ecolo vote pour sauf deux parlementaires qui s'abstiennent. Pourtant Ecolo avait, dans un communiqué, constaté que le Traité « traduit un affaiblissement de l’élan vers une Europe plus sociale et mieux intégrée ».

Le « libre choix » du consommateur pour sauver l’environnement?

Le modèle d’Ecolo, c’est le consommateur qui par le « libre choix » de son fournisseur de courant, de téléphonie, d’internet suffit à faire le changement.

Dans toutes ses propositions Ecolo met la responsabilité de l'effort pour le climat chez le consommateur. Ecolo rejette les solutions collectives et crie vive la libéralisation de l’énergie. D'ailleurs, disait Ecolo, la concurrence va réduire les prix. L'ancien secrétaire d'État à l'énergie, Olivier Deleuze, a mis cette libéralisation en pratique en Belgique avec un grand enthousiasme au début des années 2000. Son collègue Ecolo, le député José Daras, déclarait à la même époque : la libéralisation voulue par l’Union européenne « ne me donne aucun mal de tête idéologique » et « nous n’avons pas intérêt à en freiner le rythme ». Ces positions sont toujours défendues aujourd'hui.

Pourtant il est devenu clair que la libéralisation a conduit à l'augmentation du prix du gaz et de l'électricité, à plus de bureaucratie, moins de protection du consommateur et elle augmente le problème du climat.

Contrairement à l'illusion des verts que l'ouverture au privé allait renforcer la concurrence, le secteur est de plus en plus concentré : 75% du marché européen de l'énergie est dans les mains de cinq géants qui engrangent ensemble 2 milliards d'euros de bénéfices nets. C’est finalement le marché qui s’impose aux citoyens et non l’inverse.

D’avantage de concurrence

La libéralisation a supprimé presque partout l'emprise des États sur la production, la fourniture d'énergie et les organes de contrôle. Maintenant Ecolo, sans remettre en question la libéralisation appelle désespérément à « plus de concurrence » tout en renforçant les organes de contrôle. Mais cet organe de contrôle pourra-t-il décider des investissements, des choix en matière d'énergie, des prix ? Alors pourquoi ne pas tout de suite mettre fin à la catastrophe de la libéralisation et recréer un service public de production et de distribution de l'énergie ? Les travailleurs peuvent exercer une pression beaucoup plus grande sur les hommes politiques responsables des choix en matière d'énergie que sur les administrateurs d'Electrabel responsables seulement de fournir à leurs actionnaires les bénéfices les plus élevés et les plus rapides possible.

Comment développer les énergies renouvelables qui coûtent chers en dépenses de recherche, d'investissements nouveaux et qui ne rapportent qu'à très long terme ? Le photovoltaïque ne sera pas rentable avant 30 ans. Comment mettre fin à l’explosion des transports routiers et aériens, sans mettre en cause la recherche effrénée de profit qui conduit à produire dans les pays les moins chers pour ramener ensuite ces produits dans les pays occidentaux consommateurs ?

Ces questions, Ecolo ne les pose même pas. Dans ses dix propositions pour un « green deal », Jean-Marc Nollet, chef de groupe Ecolo Groen !, répète que « la responsabilité des autorités est d'aider le secteur privé à s’engager (dans un plan de travaux dans le secteur vert) en proposant un cadre régulateur clair et incitatif et en lançant un plan d'investissements publics ».

 

 

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